LA MAGIE DE NOËL DU CÔTÉ DES ADULTES.

Sapin de Noël en Bois flotté

Noël fait le bonheur des enfants mais pas toujours celui des adultes.
Toutes les familles font cohabiter en leurs seins amour, haine, jalousie, autorité. La caractéristique de Noël est de faire remonter tous ces sentiments puissance 10 en 12 heures chrono de façon inéluctable. C’est la magie de Noël.
Un rien, une phrase, un regard, un petit reproche, une intonation de voix mal interprétée et…. C‘EST LE DRAME!
Vois-tu, le gros problème de Noël est la régression. Régresser, ça fait MAAAAL.
Une colère brulante t’envahit. T’as l’impression d’avoir 5 ans. Non, tu ne prends pas bien du tout la remarque. T’as envie de tous les exploser. Oui. Tous. Même le petit au bout de la table assis sur ses 3 dictionnaires. Il est petit, il est mignon Boucle d’Or mais lui aussi, il t’énerve. Il mange avec ses doigts. Toi, t’avais pas le droit. C’est pas juste.

OH!!! ON SE CALME!

Maintenant t’es grande!
Allez. Arrête. Quand ta mère te dit « Tiens?! T’as pas mis d’oignons confits dans ta farce, ça va être sec. », soulignant ainsi ton inaptitude à reproduire parfaitement le plat traditionnel familial. Franchement? Dis moi? T’as pas envie de lui coller la tête dans la dinde?
Parano? Moi? Ah ben non! C’est juste Noël. A moins que parano veuille dire : personne sensible en pleine régression capable de lire entre les lignes, mais je ne crois pas. Les repas de Noël finissent comme les histoires d’amour des Rita Mitsouko : mal en général. Un repas de Noël qui ne tourne pas au pugilat est selon moi une bénédiction. Ce jour devrait être marqué d’une pierre blanche. En 1995, la famille Trucmuche a réussi l’exploit incroyable de passer Noël sans aucune engueulade et sans blesser affectivement un membre de la famille.

Je suis passée du coq à l’âne donc pour en revenir au coq, … enfin à la dinde. Tu as muri aujourd’hui et même si l’attaque de ta mère a été violente, et que ton sang n’a fait qu’un tour, tu répondras posément et de façon adulte : « Non je préfère le raffinement des baies roses, ça parfume délicatement la chair de la volaille et évite les flatulences méphitiques de nos progénitures. » …ouf pitin…tu t’en es bien sortie. Calme. Positive. Créative. C’est imparable. Et pas complètement inutile puisque tu sens et entends bien que Boucle D’or au bout de la table n’est déjà plus étanche.
C’est vrai qu’il y a peu, nos parents avaient sur nous toute autorité et qu’ils n’ont pas toujours renoncé à ce pouvoir éphémère. Voilà pourquoi, la suite du diner sera pour eux l’équivalent du jeux des 7 erreurs. Si tu les trouves, tu gagnes. Le lâcher prise à Noël existe autant que le Père Noël. Trop de tensions. Attention, toutes les boulettes éducatives des parents remontent sous forme de colères chez leurs enfants-adultes tous les 24 décembre et c’est sans compter les jalousies entre frères et sœurs qui tapies toute l‘année ressurgissent ce soir là. Parents d’adultes, planquez-vous!

J’ai commencé par la dinde, j’aurais pu commencé par les huitres. Les têtes tournent un peu sous l’effet du champagne de l’apéro. La retenue imposée montre déjà des signes de faiblesse. T’as fait des efforts démesurés pour rester zen pendant tout l’apéro mais HULK était à la table du salon. HULK le chouchou. HULK qui n’en fait qu’à sa tête. HULK qui prend ta place dès que tu lèves une fesse. HULK le terrible. 1,7 kgs de bêtise. Le chihuahua de ta tante. Chihuahua femelle évidement. Et bien non, HULK ne dinera pas dans les bras de sa maitresse avec tout le monde. Tu ne manges pas dans sa gamelle, il ne mange pas dans la tienne. C’est tout. C’est dégueu.

Toute la famille passe à table pour les huitres pendant que HULK finit son plateau de petit fours à 25 euros les 100 g. T’enrages. Tu dessers. Tu sers. Saumon. Foie Gras. HULK te suit partout et te fait renverser le jus des huitres. C’en est trop. Tu l’enfermes dans les toilettes.

Nous en étions donc à la dinde. Elle est cuite. Coup de théâtre, la grand-mère se réveille. Elle cuvait son champ’ au coin du feu. Personne n’a osé la réveiller pour passer à table. Elle demande haut et clair où tu as placé le beau vase qu’elle t’a offert l’année dernière. Ouf! elle n’est pas encore allée aux toilettes. Un regard complice vers ton cher et tendre. Il s’éclipse en direction des water closet, récupère le vase, planque le balai à chiottes sous la pile de magazines de reportages animaliers et va discrètement poser le vase dans l’entrée. A coté des manteaux de tes hôtes. Un an après, on avait complètement zappé le vase de Mamie. Bonne occasion de rappeler à Mamie qu’elle est vieille et qu’elle n’y voit plus rien (ne sent plus rien non plus) et qu’elle est passée devant le vase sans le voir en entrant.

Car, oui, la régression à Noël touche tout le monde. Mamie aussi. Et un peu plus chaque année, mouah ah ah. Oui c’est moche. J’arrête. Ce que je veux dire, c’est que Mamie a aussi besoin qu’on l’aime plus que les autres vieux ce jour là, qu’on fasse plus attention à ce qu’elle dit, qu’on reconnaisse son bon goût et sa générosité. Les jalousies et les rivalités n’épargnent même pas les vieux. C’est te dire combien le repas de Noël est un repas compliqué. Tout doit être parfait. Rien ne doit déborder. Blagues et propos doivent être mesurés. Rien ne doit sortir du bon goût admis … par ta mère. Attention, on ne s’engueule pas à Noël. C’est défendu. Tu dois être détendue et souriante mais pas trop. De l’autre coté ils pourraient prendre ça pour de la moquerie. N’oublie pas, c’est Noël, ils ont tous régressé et sont tous venus avec leurs vieux démons, leurs vexations et frustrations d’enfants. Toujours garder le sourire malgré ton sang qui boue et les scuds qui arrivent de toutes parts dans ta face. Discrets. Enrobés. Explosifs comme les prouts de Boucle d’or. Le repas est bien assaisonné cette année.

Il suffit d’un rien pour que l’adulte que nous sommes devenu, soit rattrapé et assommé par l’enfant que nous avons été. C’est bien d’ailleurs aujourd’hui le seul gamin qui peut te mettre à terre.

Tu sens une vive douleur à ton mollet droit. HULK! Il en a profité pour s’échapper. T’engueules un peu ton amoureux de l’avoir laissé s’échapper pour te passer les nerfs. Ta tante te grille. Comment as-tu osé enfermer son « bébé»? La meilleure défense reste l’attaque donc tu lui rappelles en souriant que son «bébé» vient de te mordre. HULK disparait et revient en tenant fièrement le ballet à chiottes dans sa gueule. Tu tachycardes quelques minutes comme si Sherlock Holmes avait déterré l’arme de ton crime. Ouf! Mamie s’est rendormie. HULK vient de sceller son destin. Il remplacera le balai à chiotte quand t’en auras fini avec lui.

Bon tu t’assoies. Tu te calmes. Tu bois ton verre d’un trait. Parait que t’as l’alcool gai, on va voir si c’est vrai. Tu te relèves. Et tu sers la dinde, après accrochage sur la farce avec ta mère (cf. plus haut)
A ce moment là, le début des conflits intergénérationnels commence :
Toi : « LilaLouBellaRose (si…si, c’est possible comme prénom, ça te la coupe hein!?) tu veux quoi comme morceau? »
LilaLouBellaRose : « Naaan, j’en veux pas. Je mange plus de viande. »
Toi : « Ah bon? T’es végétarienne? Tu as des intolérances ou tu supportes la cause animale? »
LilaLouBellaRose : « Hein? »
Toi : « Pourquoi tu ne manges plus de viande? »
LilaLouBellaRose : « Je mange que du soja. J’ai lu sur internet que dans le soja y a plein d’œstrogènes et que ça fait pousser les seins. »
Toi : « Ok, bon, écoute, j’ai pas de soja. Tiens, t’as qu’à prendre des frites comme les 2 autres handicapés de la bouffe du bout de la table. Ça fait pousser les fesses. Tu vas voir, c’est super efficace. »

C’est vrai que t’as passé des heures à cuisiner et que la nouvelle génération rechigne (d’où les frites en plus au cas ou). Bon. Pas de quoi s’énerver me diras-tu.

« Pas de quoi s’énerver, reste zen. » est la phrase qui boucle dans ta tête. Comprenons-nous bien. Revoyons ensemble le contexte. La fatigue liée à la préparation d’un repas pantagruélique te rattrape, t’as tout rangé au cordeau avant l’arrivée de ta mère, t’es en pleine régression dans l’excès comme dans le manque, la tension nerveuse monte d’heure en heure et devient palpable. Tout doit/devait être parfait. C’est Noël. Le moindre petit détail prend les proportions d’une affaire d’état. T’as mal au mollet. Il ne reste plus qu’à manger le fromage, la salade et la buche. T’y es presque. T’as tenu bon. Pas de craquage cette année.

HULK, tenace comme une chaude pisse pas soignée reste accroché à ta jambe alors que tu débarrasses les restes de dinde.
Tu saisis d’une main le hachoir, de l’autre le chien. LilalouBellaRose interrompt bruyamment ton meurtre.
LilaLouBellaRose : « TATAAA TATA TATA! Comment on dit -je suis en famille- en anglais? C’est pour le texte que je dois rendre à la rentée. »
Toi : « Hein?! Quoi? LilaLouBellaRose? MAIS J’EN SAIS RIEN MOI POURQUOI TU ME DEMANDES A MOI? AU CAS OU CA INTÉRESSE QUELQU’UN, J’AI FAIT ALLEMAND EN PREMIÈRE LANGUE ALORS DEMERDEN SIE SICH!!! »
Craquage! Oups!

Oui, il est des dates comme le 24 décembre auxquelles même avec de la bonne volonté, tu craques. Joyeux Noël!

Bonne année cher lecteur, que ton année soit pleine de vrais bonheurs!
C’est d’abord avec nous même que nous devons nous arranger. C’est encore la meilleure manière d’affronter les autres. Se sentir bien. Connaitre ses limites. Les faire respecter par tous, famille comprise.

PS : Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Source
Cet article antidépresseur, plein de vitamines et délivré sans ordonnance, intitulé La magie de Noël du coté des adultes a été publié sur BAM.
BAM – La seule boîte à messages avec des vrais morceaux de bonheur dedans.

8 commentaires sur “LA MAGIE DE NOËL DU CÔTÉ DES ADULTES.

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