OUI – Lecture du soir 3

fenetre caravane vue sur baie

Aujourd’hui, le 30 juillet 2013, quelques heures après l’accident.

Cerveau anesthésié.
— Mademoiselle.
— OUI ?
— Vous m’entendez ?
— OUI ? Où est-il ?
— Où est qui ? De qui parlez-vous ?
— De… OUI. Non. VATEN.
— La patiente est confuse et montre des signes d’agressivité. Faites-lui une autre injection de sédatifs et regardez dans la base de données de la sécurité sociale si elle a un médecin de famille. Si c’est le cas, prévenez-le.

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6 mois plus tôt. Janvier 2013.

— Yvan. Il faut qu’on parle.
Ce matin Lucille était bien décidée à régler son problème de travail. Yvan était accoudé à la petite guérite rose fuchsia et jaune. À l’intérieur, visiblement encore plus agacée que d’habitude, Petite Dame Mylène prenait le chaud.
— Je vois ce qu’elle veut et je reviens, lui dit Yvan.
Petite Dame Mylène foudroya Lucille du regard.
— Qu’est-ce que tu veux ? lui demanda-il sèchement.
— J’ai trop de travail. Je ne suis pas payée. Mon travail paie juste la location de la caravane. Je bosse dix heures par jour. Je n’ai plus d’argent. Il y a un problème.
Yvan sourit.
— Il suffit de le dire. Je ne t’oblige à rien moi. Tu ne me dis pas d’arrêter, alors je te rajoute du boulot.
— ….
Lucille n’en croyait pas ses oreilles. Yvan, lui, souriait bêtement avec un air revanchard et moqueur, comme s‘il avait enfin réussi à la mater.

Il n’est pas prêt d’aller mieux ton laurier rose, c’est moi qui te le dit. Je suis devenue personae non grata pour Yvan. Petite dame Mylène a dû lui monter le bourrichon. C’est évident. Quelle conne celle-là !

Yvan convint avec Lucille qu’elle n’était plus assignée à aucune tâche à partir de ce jour, sauf l’entretien de vert, qui en un mois, était devenu la plus belle pelouse du camping.
— De toutes façons, Francis veut te voir. Il veut que tu changes de travail.

Lucille n’alla pas travailler le lendemain matin.

— Dis-moi OUI, qu’est-ce qu’on va devenir ?
OUI semblait peu enclin à se laisser aller. Il avait très envie de se baigner. C’est ce qu’il fit. Vers 14h, Lucille partit en direction de la station. Il lui fallait voir Francis. OUI la suivait. Le chauffeur du bus refusait les chiens à bord. Après une heure de marche elle arriva dans les rues piétonnes. OUI, sourire aux babines, tirait la langue. Francis ne tarda pas à venir la biser.
— NON, lui dit-elle alors qu’il s’approchait.
— Qu’est-ce que tu as ? C’est comme ça que tu me remercies de te donner du travail ?
— Je paie ma caravane en travaillant. Ne mélange pas tout.
— Je ne te parle pas de ce travail là. Je t’offre d’être mon nouveau chauffeur. Yvan ne t’a rien dit ? Je te paierai pour ça. J’aime bien quand tu me conduis. Tu sens bon.
— Je n’ai pas dit Oui !
OUI s’agita. Il se mit à tourner autour de Francis.

Lucille se grattait le sourcil. Dire oui à la vie et à ce qu’elle propose n’était pas toujours facile.
— Tu trouveras toujours de bonnes raisons pour ne pas faire les choses, ah la la ! lui avait dit Rose un matin à La Bouée alors qu‘elle se plaignait de sa chef de service.
Pendant des années, Lucille avait alterné son travail d’architecte et les travaux de sa propre maison. Le poids et le stress de son statut d’indépendante cumulés à la difficulté de gérer la rénovation de la demeure dans laquelle elle vivait l’avaient faite plier au moment de sa rupture. Elle avait tout lâché. Aujourd’hui peu importe le boulot qu’elle faisait. Il était alimentaire. Il lui paraissait évident qu’aucun patron après avoir goûté à l’indépendance ne lui conviendrait. Lucille n’avait jamais cherché d’autre emploi.

— Combien me payeras-tu pour ce travail ?
— Le smic. Tu logeras dans l’appartement réservé aux employés du camping et tes frais de nourriture seront pris en charge. Tu ne vas quand même pas me dire que tu réfléchis ? C’est une occasion inespérée pour une fille dans ta situation.

Dans ma situation ? Mais elle est très bien ma situation. C’est ma vie. J’aime à nouveau ma vie. De quoi parle-t-il ? J’aime vivre dans ma caravane avec OUI. Je ne me suis jamais sentie aussi bien. J’aime m’occuper de VERT. J’aime profiter de la nature et de la baie, avoir du temps pour moi, faire mon yoga, ne rien faire aussi. J’ai une vie royale. Une vie en or. Francis n’y connaît rien au bonheur. Allez ! Oui, je suis le nouveau chauffeur de Francis.

— C’est d’accord, répondit Lucille en bisant Francis. À condition que OUI puisse venir avec nous et que je puisse garder les caravanes et continuer à m‘occuper de VERT.
— De qui ?
— Du gazon du camping.
— Ok, garde ton portable allumé. Et viens quand je t’appelle, répondit Francis en repartant vagabonder.

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Durant les mois qui suivirent Lucille fut très occupée par ses deux boulots. Parfois elle repensait à sa vie d’avant. Quand elle n’était pas encore sur la Côte d‘Argent, à ce qui l’avait conduite ici …

En 2004, avec son ex-compagnon, elle avait entrepris la rénovation d’une demeure du XVIII siècle dans l‘ouest parisien. Le projet d’une vie. Ce projet colossal qui représentait des heures de travail acharné avait englouti la totalité de ses journées, de ses nuits, de ses week-ends et de ses vacances pendant six longues années. Plans pour les bâtiments de France, recherche de matériaux anciens pour restaurer la bâtisse dans les règles de l’art, maîtrise d‘œuvre du chantier, Lucille avait tout géré. Une fois le projet fini, elle était à bout de force. Méconnaissable de fatigue et de stress. Ce fut le moment que choisit son ex-compagnon pour la quitter et pour la voler. Utilisant adroitement les failles de leur contrat grâce à un juge peu scrupuleux, il récupéra le bien et s’y installa très rapidement avec une autre femme. Sans une ombre de culpabilité. Sans un mot. Sans une explication. Son cœur était en colère. Comment pouvait-il en être autrement ? Lucille avait mis toute sa créativité dans cette entreprise. Elle avait rêvé sa vie dans ce lieu qu’elle avait totalement réhabilité. Sa vie lui avait été volée et offerte à une autre femme. Lucille serra les poings et les dents à cette pensée. Juste après sa rupture, elle retourna vivre dans le petit appartement parisien de sa mère dans lequel elle avait passé son enfance. Choquée. Cherchant des solutions pour sortir de cet état de souffrance, Lucille avait, à cette époque, tenté des thérapies moins conventionnelles que la méthode psychothérapeutique du Dr Péart. Dans son quartier, Alejandro Jodorowsky, considéré comme un Maître de Tarots, lui avait fait une lecture du tarot de Marseille dans le café où il officiait à cette époque, Le Téméraire.
— Le 13, c’est le chiffre de la colère. Vous allez peindre 13 œufs en rouge et les jeter sur l’objet de votre colère, lui avait-il conseillé.
Lucille avait donc consciencieusement peint 13 œufs en rouge. Accompagnée de sa mère, toutes les deux cagoulées d’une paire de vieux bas résille, habillées en noir de la tête au pied pour se fondre dans la nuit, elle s’était rendue jusqu’à son ancienne demeure. Le ravalement neuf et frais finissait de sécher. Quelle belle restauration ! Pendant que sa mère montait la garde, et collait sur les judas des portes alentours des petites gommettes pour empêcher les voisins de les voir, Lucille avait balancé avec rage sur la porte de son ancienne maison les treize œufs. Un œuf après l’autre. Elle avait jeté sa colère sur cette porte en bois, lourde, magnifique, avec ses ferronneries d’art, qu’elle avait elle-même poncées pour leur rendre leur bel aspect d’antan. La peur d’être surprise par les voisins s’était violemment mélangée à la colère et à l’excitation puis se transforma en soulagement. Comme deux enfants qui auraient volé des bonbons, la mère et la fille s’étaient sauvées et avaient couru pour regagner la voiture à en perdre haleine. C’est victorieuses, qu’elles rentrèrent à Paris. Dans les semaines qui suivirent, sa rage semblait avoir disparu. Puis, lentement, elle s‘était à nouveau installée dans sa vie. Toujours aussi forte. Tenace. Chevillée à son corps. La maison ne lui manquait plus. Elle n’avait plus jamais eu envie d’y mettre les pieds. La lourde perte financière qu’elle représentait pour elle lui paraissait aujourd’hui être un détail. Lancer des œufs sur la maison avait eu comme effet de la détacher totalement des biens matériels. La colère était pourtant toujours présente.
— Vous allez peindre 13 œufs en rouge et les jeter sur l’objet de votre colère, avait dit le Maître.
L’objet de votre colère… La maison ? Lucille avait rapidement compris que pour bien faire les choses, il lui aurait fallu jeter 13 œufs peints en rouge au visage de son ex-compagnon. Le traite. Le menteur. Le profiteur. « Le gros baltringue » comme l’appelait Barbie. Elle éprouva alors avec acuité le besoin de bien faire les choses. Se débarrasser de sa colère lui semblait un but noble. Il ne s’agissait pas de vengeance bien évidement. Un soir, elle se rendit à Puteaux en bas de l’immeuble dans lequel l’agence de publicité de son ex-compagnon avait ses locaux. Elle avait soigneusement peint treize nouveaux œufs en rouge avant de partir. Tapie dans la voiture de sa mère qu’elle avait empruntée pour ne pas être repérée, elle guettait la porte d’entrée de l’immeuble. Le gaillard était plutôt costaud, lancer les œufs sur lui était une toute autre affaire que de les lancer sur une porte en bois. Cela pouvait vite tourner au pugilat. Lucille tremblait comme une feuille. Le prendre par surprise était sa seule chance. Lucille avait repéré sa voiture. Il serait obligé de passer juste à côté d’elle pour la récupérer. Elle sortirait alors et jetterait les œufs le plus rapidement possible. Peut-être tous en même temps s’il se montrait menaçant. Vers 21h, le bourreau sortit. Lucille eut du mal à le reconnaître. Leur séparation datait de deux mois à peine et pourtant c’était un autre homme qui était là, devant elle. Pendant quelques instants, à moins d’une dizaine de mètres, Lucille l’observa. Il resta à l’entrée de l’immeuble. Immobile. Puis il alluma une cigarette. Tiens, il fume maintenant. Lucille eut le temps de l’observer. Il n’était pas rasé. Une barbe de plusieurs jours envahissait son visage. Il se tenait mal, lui si fier habituellement. Habillé d’un jean et d’un simple Tee-shirt blanc, elle vit qu’il avait totalement recouvert ses bras de tatouages dont elle ne distinguait pas clairement les détails d’où elle était. Il avait délaissé sa veste de costume cintrée. Il avait rasé ses cheveux mi-longs qui lui allaient si bien et lui donnaient un air de dandy chic. Sa cigarette finie, il avança en direction de Lucille qui s’écrasa sur elle-même dans le siège conducteur. Ne baisse pas les bras. Il mérite de se prendre ces œufs en pleine figure… au moins un. Lorsqu’il arriva au niveau de la voiture de Lucille, elle ouvrit brusquement la portière et sortit de la voiture, un œuf à la main. Leurs regards se croisèrent. Il avait l’air complètement vidé. Au bout du rouleau. À sec. Surpris, le méchant tatoué écarquilla les yeux.
— Qu’est-ce que tu fais là Lucille ? Si c’est pour parler de l’argent que je te dois ce n’est pas le moment, j’ai d’autres préoccupations.
Il vit l’œuf rouge dans la main de Lucille.
— Qu’est-ce que c’est ? lui demanda-t-il d‘un ton narquois. Tu veux me balancer un œuf ? C’était toi, les œufs sur la porte de la maison ? Si ça te soulage, vas-y ! Balance ! Je ne suis plus à ça près.
Son ex-compagnon semblait brisé. De ses tatouages grossiers fraîchement apposés sur ses bras, à ses traits tirés, toute sa personne transpirait un mal de vivre profond. Il avait perdu son flamboyant. Le jeune et fringuant publicitaire avec qui elle avait partagé sa vie avait fait place à un gars livide, avançant comme un zombi, le regard vide. Que lui était-il arrivé ? Elle ne pouvait pas lui balancer ses œufs. On ne frappe pas un homme à terre… cassé. À cet instant précis, il parut impossible à Lucille de lui jeter sa colère au visage.
De rage, Lucille serra l’œuf qui explosa dans sa main puis remonta en voiture sans dire un mot. Ce fût la dernière fois qu’elle le vit. Quelques semaines plus tard elle s’installait à six cent kilomètres dans l’espoir que la distance atténuerait son mal. Elle fuyait sa douleur. Elle attaquait une analyse psychologique sous le suivi du Dr Péart dès son arrivée sur la Côte. Le Dr Péart avait été contactée par la mère de Lucille, qui, désemparée, ne savait plus comment aider sa fille à s‘en sortir.

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Aujourd’hui, le 30 juillet 2013, quelques heures après l’accident.

Le DR Péart arrive, prévenue pas l’équipe médicale en charge de Lucille.
— Mademoiselle Topo. Lucille ? Vous m’entendez ? C’est le Dr. Péart. Vous nous avez fait peur Lucille. Cela fait des mois que je n’ai aucune nouvelles de vous.
Lucille ouvre les yeux. Le Dr Péart lui prend la main.
— Comment vous sentez-vous Lucille ?
— Je suis inquiète pour mon chien ?
— Il est en bas, ne vous inquiétez pas, il vous attend.
— Dr Péart, souhaitez-vous que l’on donne des calmants à la patiente ? demande un infirmière alors que Lucille commençait à s‘agiter à nouveau.
— Non cela ne sera pas nécessaire. Où sont les affaires de Mademoiselle Topo ? Je voudrais vérifier quelque chose.
— La patiente n’avait rien sur elle. Ni papiers, ni portable. Juste un vieux carnet rouge, et une Barbie qu’elle ne voulait pas lâcher d’ailleurs à son arrivée, je vous les apporte, répondit l’infirmière en chef.

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Mars 2013

table tapis campement ouiLucille se frottait le sourcil voyant arriver Petite dame Mylène pour son tour d’inspection comme elle le faisait régulièrement. Elle allait manger. La guerre entre Lucille et La petite dame datait du jour de leur rencontre. Plusieurs mois plus tard elle battait son plein. Petite dame Mylène s’était montrée agressive dès le départ. Pourquoi Lucille aurait-elle fait un effort pour aller vers cette personne désagréable ? Pendant ce temps, OUI totalement indifférent à la discussion finissait tranquillement les assiettes de riz, de tomates et de courgettes crues. Puis comme d’habitude, il entama son petit rituel pour en avoir un peu plus. Il dansa en couinant, transpirant d’espoir. Ne voyant rien venir il alla, dépité, s’allonger sur le flanc, collé à Lucille et posa ses babines encore coulantes sur sa cuisse.
Non OUI
Lucille ne le gronda pas. Rien n’avait vraiment d’importance à cet instant, seule comptait l’affection de OUI. Fut-elle baveuse. La nuit tombait doucement sur le campement. Elle alluma des bougies et de l’encens. Ce soir là Petite dame Mylène n’était pas agressive. Sans permission elle s’assit devant Lucile. Et calmement raconta son histoire. Sans décoller un instant son regard de OUI.
L’ancien propriétaire n’avait pas abandonné que son chien. Il avait aussi abandonné sa femme, Mylène, sans un sou, pour partir vivre un nouvel amour en Thaïlande avec une vacancière fraîchement rencontrée sur le camping. Après quarante ans de mariage dont les quinze premières passées dans les caravanes, Mylène resta seule. Elle fut embauchée par Francis pour s’occuper de l’arrivée des clients car sans retraite, elle n’avait nul part où aller. Une fois le camping vendu, l’ancien propriétaire avait filé avec l’argent. Voir son chien aujourd’hui était insupportable pour Mylène. Trop de souvenirs. Trop de douleur. Elle continua à le nourrir mais refusait qu’il entre dans le camping. C’est ainsi qu’il fut baptisé Vaten par tous les employés. Le fils aîné de Mylène fût embauché par Francis comme jardinier au camping pour rester auprès de sa mère et la soutenir dans son épreuve.
— … Yvan ? Yvan est votre fils ? Yvan a grandit dans mes caravanes… enfin dans ces caravanes je veux dire…

Mylène repartit dès qu’elle eut fini de raconter son histoire.

Lucille resta là à la lumière des bougies.

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FLASH BACK

La femme de Patrick vient d’arriver. Elle est belle. Son travail de vendeuse dans une bijouterie de luxe l’oblige a être très soignée. Coiffée et manucurée comme une starlette, elle en jette. Sally aime son look. Il l’imagine nue. Toute bronzée. Tatouée là où il faut pour attirer l’attention sur sa féminité. Epilée de prêt. Il l’aime tellement. Elle rit. Blague. Sourit. Elle est sûre d’elle. Elle n’a rien à perdre. Son mari excuse tous ses écarts comme on pardonne à un adolescent sa méchanceté. Elle est bien plus belle que lui. Plus classe. Tout se paie. La femme de Patrick a un « je ne sais quoi » de rebelle. Aussi terriblement attractive que défendue, transformée en coupe du monde pour celui qui la baisera, la femme de Patrick est une myrtille goûtue et fruitée trouvée aux hasards des chemins boisés. Patrick lui offre des robes sexy et des crèmes de luxe. Cette entretenue poudrée et pailletée brille de mille feux. Sally est amoureux. Il aime les femmes adultères. Leur seul moteur est de pouvoir faire tout ce qu’elles ne peuvent pas faire avec leurs compagnons. Sans tabous. Libérées. Démoniaques. Angéliques. Elles se lâchent. Entre culpabilité et lâcher-prise, cet instant merveilleux où elles offrent leurs âmes. Délicieux. Sally est aux anges. Il a travaillé longtemps pour la faire entrer dans ses filets. Il est ami avec Patrick et le jeu n’en a été que plus passionnant.
La femme de Patrick est assise sur le canapé. Sally en a marre d’attendre qu’elle bouge. Pas le temps de niaiser ce soir, il travaille tôt demain matin. Il se Lève. L’embrasse. Elle fait mine d’être surprise. Sally embrasse divinement bien. Il donnerait envie à une nonne tant l’énergie qu’il fait circuler dans ses baisers est intense. Il l’entraîne dans sa chambre et la baise. Il ne jouira pas. Seuls la conquête et le pouvoir l’intéresse. Le plaisir et le bien-être sont pour les femmes. Pour les faibles. Seul lui importe le pouvoir. Dominer. Etre aimé de tous, voilà qui le rendra fort. Sa toute puissance est là. S’il faut les baiser pour être aimé, il les baisera toutes. Sally annihile sa jouissance comme ses sentiments. L’envie de posséder l’autre le ronge. La femme de Patrick jouit.

Suivante …

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Comme chaque soir, Lucille prit son carnet rouge et nota tout ce qui lui était arrivé de bon dans la journée à la lueur des bougies.

À chaque problème sa solution.vue du campement oui
Nouvelle synchronicité 
Je ne dois pas juger les autres je ne sais pas ce qu’ils ont traversé dans leurs vies.
Réagir violemment est une perte de temps.
Tout change en permanence, il ne sert à rien de lutter contre ce changement.
Je manifeste des intentions et je me les rappelle quotidiennement. 
Un amour en chasse un autre (à vérifier)
On n’imagine chez les autres ce que l’on a en soi. Ce que les autres ressentent réellement doit leur être demandé et ne doit pas être imaginé.
Je dois être attentive à chaque instant.

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Le défi des 100 jours.
La méditation.
— Assied-toi !
— Je ne tiendrai pas assise en tailleur, ça me fait mal aux jambes.
— Veux-tu apprendre ?
— Oui
— Alors assied-toi et tais-toi.
Lucille s’exécuta.
— Tu vas fermer les yeux. Tes yeux doivent rester clos pendant toute la durée de ta méditation. Tu écoutes ma voix et tu fais ce que je te dis de faire. Tu ne dois pas parler.
— D’accord.
— Tu ne dois pas parler.
— Mmmh.
— Tu ne dois pas parler.
— ….
— Ton dos doit être droit. Redresse-toi. Ta tête doit être droite, redresse-la.
Lucille obéit. La position lui semblait pénible à tenir. Les os de ses chevilles forçaient sur le sol et lui faisaient mal.
— Colle ta langue à ton palais.
OUI tournait autour d’eux. Il reniflait le cou de Lucille à chaque passage.
— OUI arrête! T’es chiant ! S’énerva Lucille en le repoussant.
— Tu ne dois pas parler. Recommence. Reprends ta position. Ferme les yeux. Colle ta langue à ton palais. Maintenant concentre-toi sur ta respiration.
Lucille ouvrit la bouche pour prendre une longue inspiration.
— Colle ta langue à ton palais.
— Je ne peux pas inspirer et expirer par la bouche avec la langue collée au palais.
— Tu ne dois pas parler. Ferme les yeux. Respire par le nez. Colle ta langue à ton palais. Reprends ta position. Dos droit. Tête droite.
Lucille vit Oui assis à côté de Marie. Il était immobile. La tête droite. Les yeux fermés.
— Ferme les yeux Lucille. Concentre-toi sur ta respiration. Sois attentive à l’air qui entre et qui sort par ton nez.

Je dois m’occuper du potager. C’est insupportable de méditer. Rester sans bouger. Pourquoi ai-je accepté ? C’est ridicule. Combien de temps a-t-elle dit que je devais rester comme ça ? Dix minutes ? Han ! Quel enfer ! Ça me gratte dans le dos. Si je me gratte, elle va me dire de ne pas bouger à tous les coups. Mais ça me gratte. C’est insupportable. Il faut que je me gratte.

Lucille ouvrit les yeux et se gratta le dos. Marie et OUI étaient immobiles face à elle. Ils ne bougeaient pas d’un poil.
Même le chien s’en sort mieux que moi.
Lucille reprit la position. Les quelques minutes qui suivirent lui parurent des siècles. La discussion de la veille l’avait fait voyager dans ses souvenirs et aujourd’hui son esprit partait dans toutes les directions. Son passé se mélangeait aux tâches qu‘elle avait à faire. Son cerveau bouillonnait de pensées nostalgiques et d’impatience. Son défit des cent jours la questionnait. Serait-elle capable de méditer tous les jours pendant cent jours consécutifs. Marie l’avait entrainée.

— C’est fini tu peux te relever, lui dit Marie.
Perdue dans ses pensées, Lucille ne l’entendit même pas.
— Lucille Topo !
— Hein ?!!!
— Tu n’es pas attentive à ta respiration, tu es perdue dans tes pensées. Lorsque tes pensées arrivent, ne les chasse pas. Observe-les et concentre-toi à nouveau sur ta respiration. Tes pensées ne feront que passer.

OUI était toujours totalement immobile. Les yeux clos. Le dos droit. La tête droite.

— Demain même heure ?
— Oui
OUI sortit de sa méditation.

Tous les jours de la semaine, Lucille médita avec Marie et OUI au bord de la mare salée. À la fin de la semaine, lorsque Lucille eut fini ses dix minutes de méditation et qu’elle ouvrit les yeux, Marie et OUI étaient dans la mare et jouaient à s’éclabousser. Elle n’avait rien entendu. Elle n’avait pensé à rien. Apaisée. Les idées claires. Elle alla les rejoindre.

— Je reprends le boulot la semaine prochaine. Je ne sais pas si j’aurai le temps de méditer. Peut-on méditer en voiture ?
— Ton dos doit être droit. Ta tête doit être droite. Ils ne doivent pas être soutenus. Si tu respectes cette position, tu peux méditer où bon te semble.
— D’accord, j’essayerai.
— Vas-tu essayer de méditer ou vas-tu méditer ?
— Oui, je vais méditer, répondit Lucille amusée de la repartie de Marie.

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FLASH BACK

SMS envoyé : Lucille vient s’il te plait.

Kate attrape la télécommande de sa chaîne stéréo, enclenche le mode lecture, la télécommande lui glisse des mains, elle n’essaie pas de la rattraper et reste allongée. Immobile. Dans la chaîne Hifi s’enclenche le CD de Klaus Nomi qui entame Te cold Song. Un chef d’œuvre qui entraine Kate encore plus loin dans sa tristesse. Elle se laisse porter par la voix du tenor qui la transcende peu à peu, pénétrant tout son être et toute son âme par cette faille béante que la vie vient d’ouvrir. Des larmes roulent sur ses joues. Des larmes d’enfants. Grosses et chaudes. Sa gorge se serre un peu plus encore et un cri animal s’arrache de sa bouche. Une note longue et insupportable. Un cri de douleur. Le mal se déverse. Cette infinie douleur brûle ses poumons et sa gorge en sortant comme une coulée de lave. Puis son cri s’entrecoupa de sanglots. Des flots de larme coulent désormais de ses yeux fermés.
Sally ne veut plus d’elle.
— Pourquoi tu couches avec la femme de Patrick, demande Lucille à Sally.

Allongés sur son canapé, Sally insiste pour que Lucille envoie des sms coquins à Richard, un gars que Lucille a rencontré quelques mois auparavant.

— Elle est très sexuelle. Je l’aime. Elle joue. Elle prend des poses hyper sexuées au lit, j’adore ça. Elle m’envoie des sextos toute la journée. J’adore ça aussi. Et puis elle est pratique, elle bosse dans ma rue.

— Alors pourquoi tu as couché avec Kate. La femme de Patrick ne te suffit pas.

— ça n’a rien a voir. Kate est différente. Je l’aime aussi. Elle fait l’amour avec son cœur. A cœur ouvert. Je le sens. J’aime ça.

— T’es drogué au sexe Sally tu le sais ?
— Oui, j’aime ces pics d’adrénaline. Je consomme ces femmes et je n‘en ai pas honte. C’est de l’amour. L’amour est beau. Ça me fait vibrer. Je me sens vivant. Tu ne peux pas comprendre.
— Nan, mais ce que je vois c’est qu’après, comme un drogué en descente, tu deviens un sale con Sally. Je n’ai pas envie d’envoyer de sextos à Richard.
— Allez Lucille. Vas-y. C’est drôle. C’est juste pour rire. Ça va nous détendre.
— Mets toi à la méditation. Moi j’envoie rien à Richard. J’en ai marre de tes jeux tordus.

SMS reçu : Lucille vient s’il te plait.
Lucille attrape le double des clefs de Kate et file à son appartement. Entre dans sa chambre. Kate lève ses yeux rougis vers elle. Lucille s’allonge à ses cotés. Elles s’endorment front contre front.

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Lucille médita tous les jours pendant 100 jours consécutifs avec OUI.

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Aujourd’hui, le 30 juillet 2013, quelques heures avant l’accident.

Lucille part promener OUI sur la plage de la baie. Souriant, il lui apporte plein de vieux morceaux de bois à lui jeter. La vue est grandiose. L’air doux. Cela fait presque un an qu’elle n’a pas vu ses trois amis. Aucun d’eux n’est venu la voir. Ils la pensent en Inde. Lucille pense à eux souvent. Leur compagnie lui manque parfois.
Lucille se souvient des jeux de Sally. Par exemple quand il lui demandait de choisir un couple d’inconnus au hasard au restaurant et d’aller voir l’homme du couple en jouant le rôle de la maîtresse trahie.

— Tu es une excellente comédienne. Entraîne-toi. Tu deviendras une star un jour, j’en suis sûr, lui disait-il.
Fière de montrer son talent de comédienne, Lucille sortait des pleurs et des cris. De l’authentique. Du vrai. Du sentiment. Sous les yeux admiratifs du Maître, elle était merveilleuse de sincérité. Elle hurlait en plein restaurant sur ces inconnus stupéfaits et désarmés.

— Comment peux-tu me faire ça à moi ? criait-elle. Tu m’avais dit que tu quitterais ta femme et je te trouve là, au restaurant, en train de dîner avec elle. Toutes les nuits d’amour que nous avons passées ensemble ne signifient rien pour toi ?
Et elle filait en pleurant, laissant le couple en crise.

Et les sextos, envoyés à tout-va. À n’importe qui. Lucille et Sally étaient comme deux adolescents écervelés incapables d’être heureux autrement qu’en créant le malheur des autres lorsqu’ils étaient ensemble. Tous ces jeux l’avaient lassée. Cette année lui avait montré autre chose. Cette séparation était plutôt bénéfique finalement.

— Qu’est-ce que tu as dans la gueule OUI ? Montre-moi s’il te plait ? Viens là. Une barbie ! Mais où as-tu trouvé ça !

Lucille s’approche des Kiteurs sur la plage en agitant la Barbie. Ils la regardent comme si elle était cinglée.
— Vous avez perdu votre Barbie ? À qui est cette Barbie ? Elle est neuve.

Une des kiteuses s’approche. Elle ressemble à …

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Aujourd’hui, le 30 juillet 2013, quelques heures après l’accident.

— Lucille ? la questionne le Dr Péart en lui prenant la main. Pouvez-vous me dire depuis quand vous ne prenez plus votre traitement ?
Mon traitement ? Quel traitement ? Mais de quoi parle-t-elle ?
Le Dr. Péart lui lâche la main. Elle l’entend discuter à quelques mètres de son lit.

— Lucille est un cas très intéressant mêlant schizophrénie et troubles dissociatifs de l’identité diagnostiqués il y a trois ans, dit-elle.
Mais de quoi parle-t elle ? Je ne suis pas schizophrène.
— Dr Péart ? appelle Lucille.
— Oui. Lucille, je suis à vous dans un instant, lui répond le Dr. Péart en reprenant sa main dans la sienne. Nous allons discuter. Je dois auparavant m’entretenir avec l’équipe médicale qui s’occupe de vous comme je vous l‘ai dit. C’est important. Je reviens dans quelques minutes.
Le Dr Péart continue son entretien avec l‘équipe médicale.
— Sa schizophrénie a débuté suite à un choc émotionnel traumatisant. Une séparation. Nous avons entamé une psychothérapie en vue de la maintenir sur le marché du travail et dans la communauté. Le traitement me parut efficace pendant deux ans, puis Lucille a commencé à parler de voyage. Elle souhaitait partir quelques temps et je lui ai accordé de ne pas venir à quelques séances le temps de ses vacances. Elle avait un emploi. Un appartement. Rien ne laissait penser qu’elle était en crise. Elle était sobre depuis deux ans. Son traitement paraissait lui convenir. C’est un miracle qu’elle s‘en soit sortie sans traitement. J’avais imaginé le pire.
Lucille souffre d’hallucinations olfactives, auditives, visuelles et sensorielles. Elle n’a jamais été une menace pour les autres ni pour elle-même jusqu’à aujourd’hui. Sans traitement, Lucille avait des hallucinations persistantes. Il y a trois ans, elle voyait trois amis imaginaires tous les jours. Elle les appelait Sally, Barbie et Rose. Le premier est un pervers, un homme, malgré son prénom féminin, manipulateur sans aucune empathie. La deuxième est une femme. Nymphomane au comportement masculin. Et la 3ème semblait être une personnalité canalisatrice des deux autres. En jetant un rapide coup d’œil à son carnet j’ai l’impression qu’elle ne voit plus ses amis imaginaires. Je suis très étonnée, je dois prendre plus de temps pour étudier la question. Elle semble réclamer l’un deux aujourd’hui alors qu’elle ne les a pas vu depuis un an. Je vous tiendrais au courant de mes conclusions. Contactez également le patron de la Bouée visiblement il l’a embauchée pour travailler au camping d’à coté. Il pourra peut-être nous en dire davantage. Cela fait quand même un an qu’elle a disparue.
Lucille a toujours eu une attitude négative par rapport au traitement pharmacologique. J’ai donc demandé des analyses pour savoir si elle est encore sous traitement. Une desinhibition et des pulsions sexuelles inhabituelles peuvent se manifester chez certaines personnes présentant des symptômes aiguës de schizophrénie comme vous le savez. Lucille n’y échappait pas et avait des comportement sexuels à risque. Faites-lui également une recherche de MST.
Je dois également être sûre qu’elle ne prend rien d’autre, qu’elle est abstinente d’alcool et savoir depuis quand elle ne prend plus ses antipsychotiques.

Retrouvons-nous dans quelques heures.

— En attendant Lucille nous allons vous donner quelque chose pour dormir, reprit le Dr. Péart en lui replaçant une mèche de cheveux qui tombe sur son visage.
— Non. Je ne veux pas dormir. Je dois prévenir Barbie. Je dois m’occuper de OUI. Je dois m’occuper de VERT. Yvan va être en colère s’il jaunit.
— Infirmière ? Infirmière ? appelle le Dr. Péart. Sédatifs s’il vous plait.

FIN.

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Source :
Cet article antidépresseur, plein de vitamines et délivré sans ordonnance, intitulé OUI a été écrit par Félicitie et publié sur Labo du Bonheur.
La seule boîte à messages avec des vrais morceaux de bonheur dedans.

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